Pourquoi vos clients ne signalent pas les fraudes — et pourquoi c’est un problème plus important que vous ne le pensez

Colleagues discussing documents at a work desk in an office environment.

Les discussions en matière de prévention de la fraude se concentrent souvent sur ce que les institutions peuvent observer : les incidents signalés, les pertes connues, les schémas détectés et les menaces confirmées. Mais l’un des risques les plus importants dans la prévention de la fraude est souvent beaucoup plus difficile à quantifier, et c’est ce qui n’entre jamais dans ces systèmes.

Ce sont les fraudes que les clients ne signalent pas.

Il est facile de considérer le sous-signalement comme un problème de comportement des consommateurs — quelque chose d’enraciné dans la honte, la confusion ou une simple réticence à communiquer. Mais cette vision sous-estime les enjeux réels. Lorsque les clients ne signalent pas les arnaques ou les activités suspectes, les institutions ne perdent pas seulement une connaissance des incidents isolés. Ils perdent de l’information. Ils perdent de la visibilité sur les menaces émergentes. Et, dans certains cas, ils peuvent rater les premiers signes indiquant que la confiance s’érode d’une manière qui sera bien plus difficile à surmonter que les seules pertes financières.

C’est pourquoi le sous-signalement de la fraude mérite d’être considéré non pas comme un problème secondaire dans l’éducation des clients, mais comme un problème stratégique bien plus vaste.

Le non-signalement façonne souvent le risque autant que le signalement

Les données sur la fraude peuvent offrir l’impression que les institutions ont une vision claire de l’environnement des menaces, mais dans de nombreux cas, elles ne reflètent que la portion que les clients sont prêts ou capables de divulguer. Cette distinction est importante, car les fraudes non signalées ne disparaissent pas simplement parce qu’elles n’apparaissent pas sur les canaux de signalement.

Dans certains cas, les victimes ne reconnaissent pas immédiatement qu’elles ont été trompées. Dans d’autres situations, les victimes peuvent supposer que la perte est trop faible pour justifier un signalement, ou penser qu’il n’y aura rien d’utile au signalement de l’incident. Pour certaines personnes, notamment dans les arnaques impliquant manipulation ou coercition émotionnelle, le signalement porte une stigmatisation qui devient en soi un obstacle.

Prises ensemble, ces dynamiques créent une couche cachée d’exposition que les institutions peuvent sous-estimer.

Ce qui rend la chose particulièrement importante, c’est que la fraude sous-déclarée peut obscurcir les signaux d’évolution des tactiques. Les institutions s’appuient souvent sur les données de cas non seulement pour répondre aux incidents, mais aussi pour reconnaître les schémas et affiner leurs mécanismes de défense. Lorsque cette visibilité est incomplète, la réponse peut avoir du retard par rapport à l’évolution de la menace.

C’est en partie pour cette raison que les frictions dans la manière dont les victimes cherchent de l’aide peuvent affaiblir la visibilité de la fraude — un élément crucial dans les stratégies de prévention de la fraude. La question n’est pas seulement de savoir si les clients signalent les cas. Il s’agit de savoir si les institutions perçoivent suffisamment le paysage des menaces pour s’adapter efficacement.

Le sous-signalement crée des lacunes en matière de renseignement que la plupart des programmes de lutte contre la fraude ne prennent pas en compte

Les programmes de lutte contre la fraude ont tendance à se concentrer fortement sur les signaux de détection, mais le sous-signalement crée un autre type de vulnérabilité : un trou dans l’information.

Les renseignements sur les menaces ne proviennent pas uniquement des modèles, des alertes et de la surveillance des transactions. Ils viennent également des schémas agrégés intégrés dans l’expérience client. Lorsque ces expériences sont sous-représentées, les institutions peuvent avoir une vision déformée à la fois du volume et de l’évolution des menaces.

Cela est encore plus important aujourd’hui, car les arnaques évoluent souvent rapidement et se propagent à travers des tactiques répétées de piratage psychologique. Plus tôt les institutions percevront ces signaux, meilleure sera leur capacité de réponse.

Inversement, lorsque le signalement est en retard, les menaces émergentes peuvent se répandre avant d’être pleinement comprises. Cela peut transformer le sous-signalement d’un angle mort passif à un multiplicateur de risque actif. Et cela redéfinit le signalement de fraude lui-même. Il ne s’agit plus seulement de documenter les dommages après coup. Cela fait partie intégrante de la manière dont les institutions comprennent le risque en premier lieu.

Le problème le plus important pourrait être ce que le sous-signalement révèle de la confiance

Il existe une autre dimension du sous-signalement qui reçoit beaucoup moins d’attention, mais qui peut être tout aussi importante.

Parfois, les clients ne signalent pas la fraude, car ils doutent que le signalement aide en quoi que ce soit. Ce n’est pas simplement un problème de processus. Ce peut être un signal de confiance.

Lorsque les clients estiment que le signalement sera difficile, inefficace ou non soutenu, l’institution peut être confrontée à bien plus qu’un simple défi de visibilité. Elle peut être confrontée à un déclin de confiance. Cela est essentiel, car la fraude ne cause pas seulement des dommages financiers. Elle peut discrètement influencer la façon dont les clients sentent qu’ils sont protégés dans leurs relations bancaires.

Comme les arnaques peuvent éroder la confiance à long terme de façons que les institutions sous-estiment souvent, les expériences de fraude — et les réponses à ces expériences — peuvent façonner la perception des clients bien après la résolution des pertes.

Vu sous cet angle, le sous-signalement ne touche pas seulement les signaux de fraude manqués. Il peut aussi dévoiler les endroits où la confiance elle-même est mise sous pression.

Cela devrait attirer l’attention des institutions.

Pourquoi le signalement de la fraude fait maintenant partie de la prévention, et non seulement de la réponse

Les principales institutions reconnaissent de plus en plus que le signalement de la fraude ne doit pas relever uniquement des réponses. Cela peut faire partie de la prévention.

Lorsque le signalement est facile, soutenu et traité comme une source de renseignements plutôt que comme une simple prise en charge des incidents, cela renforce la visibilité sur l’évolution des arnaques et aide les institutions à réagir plus rapidement.

Cela modifie le rôle du signalement. Au lieu d’être le point final après dégâts, le signalement devient un élément qui aide à prévenir les dommages futurs. Il s’agit d’un changement important, car cela fait passer le signalement d’un processus opérationnel à une défense stratégique. Et pour les institutions confrontées à des menaces de fraude de plus en plus évolutives, ces distinctions comptent.

Ce changement pousse les institutions à dépasser le simple signalement et à se tourner vers des outils permettant d’identifier la tromperie plus tôt, de soutenir les clients en temps réel et d’améliorer la protection avant que l’arnaque ne se transforme en perte. Selon ce modèle, la protection des consommateurs devient moins une question de réaction aux arnaques et davantage un soutien pour prémunir les clients contre ce point où le signalement devient nécessaire.

Les institutions qui encouragent des signalements plus forts ne se contentent pas d’améliorer la gestion des cas. Par la même occasion, elles peuvent améliorer la détection, accélérer l’apprentissage et renforcer la confiance des clients.

Il s’agit d’une opportunité beaucoup plus importante que ce que bien des organisations pensent.

Les institutions qui voient mieux pourraient mieux protéger

La prévention de la fraude est souvent centrée autour d’une meilleure détection des risques. De plus en plus, il pourrait également s’agir d’une meilleure visibilité des risques. Ce n’est pas toujours la même chose.

Les institutions qui réduisent les frictions dans le signalement, qui renforcent la confiance des clients et qui traitent la fraude comme une source de renseignements, peuvent bénéficier d’un avantage qui dépasse les opérations commerciales. Elles pourraient également être mieux placées pour identifier les menaces émergentes, réagir plus rapidement et renforcer la confiance.

Ce principe va de plus en plus au-delà de la simple visibilité de l’intervention, en particulier au moment où les arnaques se transforment souvent en pertes, c’est-à-dire lors de l’autorisation d’un paiement. Pour les institutions souhaitant transformer les renseignements sur la fraude en action, des mesures de protection plus solides lors du paiement  peuvent aider à vérifier l’identité des destinataires et réduire la fraude autorisée avant même le transfert des fonds.

C’est un sujet crucial, car certains des plus grands risques en matière de fraude ne sont pas toujours ceux qui apparaissent sur les tableaux de bord. Parfois, ces risques demeurent invisibles. Et dans un paysage de menaces de plus en plus façonné par la tromperie, ce que les institutions ne voient pas peut compter autant que ce qu’elles voient.

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